Faisons pour commencer une petite mise au point sur le sens de ces mots, qui ne sont pas forcément connus de tous, avant de donner pour chacun d’eux quelques exemples et montrer ainsi qu’ils peuvent parfois hanter notre communication quotidienne, à l’écrit comme à l’oral …

9449230961_5cce033e4f_q  Un barbarisme se définit comme une faute faite soit sur la forme, soit sur le sens d’un mot. On se souvient par exemple de Ségolène Royal qui, il y a quelques années, nous avait gratifiés d’une très recherchée « bravitude » pour parler de bravoure …
Il y a une double étymologie du mot « barbare » provenant du latin barbarismus, qui signifie « expression vicieuse » et du grec barbaros, qui veut dire « étranger »… Les Grecs désignaient ainsi les peuples n’appartenant pas à leur civilisation, qui ne parlaient pas ou très mal leur langue… Le critère linguistique pour définir ce terme est donc important dès le départ.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, peuvent être considérés comme barbarismes de fréquents emplois où une confusion est faite entre deux mots homophones. On a par exemple tendance à confondre près et prêt. On peut néanmoins facilement les distinguer en se souvenant que le premier est suivi de de alors que le second est suivi de à. Ainsi n’écrira-t-on pas : « En travaillant aussi peu, il n’est pas prêt* de réussir ses examens » mais :   » … il n’est pas près de réussir ses examens » ; alors que, par exemple, « on est prêt à partir »…
Même chose pour censé et sensé :
« Tous les employés sont censés connaître le règlement intérieur » (C’est une obligation)
« C’est une personne sensée » (A savoir une personne qui a du bon sens)
Au-delà des cas d’homophonies, certaines confusions plus ou moins fréquentes provoquent des barbarismes lorsque des mots se ressemblent : irruption / éruption (il est difficile d’avoir une « irruption » de bouton …), circonscrire / circoncire (essayez donc de « circoncire » un incendie …), inclinaison / inclination, fruste / rustre, prolongement / prolongation (amoureux du foot, attention aux barbarismes ! …), etc.
De nos jours, les anglicismes sont de plus en plus fréquents et peuvent aussi être considérés comme des barbarismes. Ainsi fait-on plus volontiers un break qu’une pause, on se plaît également parfois à checker plutôt qu’à vérifier … Et n’oublions pas le fameux et très actuel « C’est juste pas possible! » (N’est-il pas plus élégant de dire « C(e n)’est tout simplement pas possible » ? …  Tout simplement ?)

Evitons de soléciser maintenant …

Le solécisme, à la différence du touchemoipasbarbarisme, n’est pas une faute contre la forme d’un mot, mais contre la syntaxe ou plus généralement contre la grammaire. Là encore, il y a une double étymologie latine et grecque. Soloikos, en grec, signifie « qui fait des fautes en parlant ». Soles était une cité fondée par des colons athéniens, aujourd’hui située en Turquie, et dont les habitants avaient pour fâcheuse habitude de malmener la langue grecque …
Quelques exemples : Pallier à*, que l’on emploie par confusion avec « remédier à ». Ainsi pallier doit s’employer avec un complément d’objet direct: « Il essaie de pallier sa faute ».
Un grand classique : se rappeler de* confondu là encore avec « se souvenir (de) ». Aussi, si on se souvient de quelque chose, « on s’en souvient », mais on se rappelle quelque chose, et « on se le / la / les rappelle », selon que le complément est masculin, féminin ou pluriel …
Ou encore : « C’est de lui dont je parle* » au lieu de: « C’est lui dont je parle » / « Après qu’il soit parti* » au lieu de « Après qu’il est parti » / « Il s’est en allé* » au lieu de « Il s’en est allé » / « Il est payé 30 euros de l’heure* » au lieu de « Il est payé 30 euros l’heure » …

Descend un peu en bas, que je t’explique ce qu’est un pléonasme !

5695938661_71712d4741_mAvant d’être vu comme une faute (plus ou moins grave), le pléonasme (du grec pleonasmos qui signifie « surcharge ») est une figure de style visant à renforcer une idée. Ainsi Molière fait-il dire à un de ses personnages dans Tartuffe : « Je l’ai vu, de mes propres yeux vu », sans être soupçonnable a priori de faire une faute …
Les pléonasmes les plus courants ? En voici quelques uns :
Actuellement en cours : une action en cours l’est forcément actuellement …; l’apparence extérieure : L’apparence d’une personne ou d’un objet peut difficilement être « intérieure » …; une double alternative : une alternative offre nécessairement le choix entre deux options, il ne peut donc y avoir deux alternatives mais une alternative entre deux possibilités …; où encore: ainsi par exemple; voire même; s’avérer vrai (éviter également de dire que quelque chose peut « s’avérer exact » ou, encore moins, « s’avérer faux »!), préparer à l’avance, être contraint malgré soi, collaborer ensemble, etc, etc … La liste est longue!

Comme nous le voyons, ces entorses au langage ne constituent pas forcément des fautes. Elles affectent d’ailleurs rarement le sens de ce que l’on veut dire ou écrire … Mais veiller à apporter des petites corrections ici ou là, si on se cantonne au domaine de l’écrit, peut quand même aider à clarifier ou alléger (dans le cas des pléonasmes) un texte et améliorer la communication …

Un petit dernier pour la route : entendu très récemment alors que je croisais dans la rue deux jeunes filles en grande conversation, et dont l’une parlait de « malformité »… Confusion ici faite entre la malformation qui concerne une partie du corps même interne (une malformation cardiaque par exemple) et la difformité qui, elle, concerne plutôt l’apparence générale d’une personne, et qui peut être considéré comme péjoratif: Quasimodo, le célèbre personnage de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo était difforme; ce qui ne l’empêchait pas de se consumer d’amour pour la belle Esmeralda …

Ce n’est pas un pléonasme. Alors, barbarisme ou solécisme ? … Je vous laisse deviner …